5 nov. 2009

Alcoolisation

Des flics te disent : « monsieur, vous êtes alcoolisé ».


Des travailleurs sociaux se disent : « ouais mais untel il est alcoolisé dès dix heures du matin ».


On entend chez divers professionnels que l’alcoolisation de certains est dramatique.


Bon, d’accord. C’est parfois difficile en réunion, face à un usager ou pour les flics face à une victime (ouais hein, c’est cool les préjugés ? Pis attends, j’en ai un wagon comme ça), de sortir que Machin est bourré comme un coing, que Truc est une cheularde en phase terminale ou que Bidule est un poivrot massif.


Avant, on disait que ces personnes étaient alcooliques. Ou alors on disait « mais vous avez bu ! ». Quelque chose dans ce genre.


Moi je joue aux cons. Voilà, quand on me dit que monsieur Lambda est souvent alcoolisé, je me dis des choses.

On disait avant d’une boisson qu’elle était alcoolisée. Et voilà soudain qu’on utilise les mêmes termes pour parler de personnes. Ça veut dire que si je bois les paroles d’une personne qui a bu, je vais rouler dans le caniveau dans pas longtemps ?


Sommes-nous en face d’un cas intéressant de novlangue ? Un chouette terme très lisse qui gomme la personne et la réduit à son état ponctuel (ou chronique) ? Un dire pour ne pas dire ?


Je n’arrive pas encore à cerner pourquoi, mais j’ai un recul instinctif devant ce terme appliqué à une personne. Ce qui servait à qualifier une boisson, un liquide, au final une chose, qualifie aujourd’hui une personne… dans le travail social, j’entends de moins en moins le mot « alcoolisme », et de plus en plus « alcoolisation »… certes, « alcoolisation » peut avoir une connotation plus ponctuelle que « alcoolisme » qui peut aussi, et peut-être plus encore réduire la personne en l’occurrence à sa pathologie. Mais du coup, les « alcoolisés » ponctuels sont englobés dans la notion, implicitement…


Rah, je suis englué avec ce terme qui m’est assez nouveau, mais que je ne sens instinctivement pas, sans parvenir à pousser plus loin. C’est con mais ça me tracasse. Voilà. J’avais envie de soumettre ça aux gens qui passeraient et qui auraient une idée sur la question, même si elle est du niveau de celle d’un type qui s’alcoolise au zinc du coin.


Bon, le principal, comme disait Cavanna, c’est que « le pinard, c’est d’la vinasse », et qu’on ne se noie pas dans la jolie société de coincés anti-tout-ce-qui-fait-la-vie, et des culs serrés qui boivent du vin de merde en disant que c’est pas du vin. C’qui compte, c’est pas le vin, c’est les gens, et le contexte qui fait le beau aux alentours. Et pour citer, puisque je suis citation, ce soir, Nino Ferrer, « Oh, eh, hein, bon ! » (on notera en passant que ce n’est pas sa citation la plus heureuse, et d’heureuses, il en a pourtant, et que lui-même l’aurait sûrement volontiers désavouée… je précise car j’ai une étrange affection pour le gars Ferrer, paix à son âme et toutes ces foutaises).


Et comme disait l'aut', aussi, "Dis-toi bien que si quelque chose devait me manquer, ce ne serait plus le vin, ce serait l'ivresse !".