29 oct. 2008

Train

Dans un train, chacun semble happé par un journal, un film naze sur un ordi portable qui ne l'est pas moins, ou ce qui ressemble à du boulot, surement important, qui donne parfois le droit de faire une pause, lever les yeux, toiser les autres avec une feinte distraction et la supériorité de celui-qui-bosse-moi-môssieur et se masser le front avec affectation...


Tout ceci alors que le train n'a pas encore démarré, dans le laps de temps où on attend l'ébranlement de ce chouette bon vieux Corail aux larges sièges confortables et irremplaçables. Dehors, c'est la grisaille complexe et mouvante du fond de marmite de l'automne lorrain. Ça n'en finit pas de dégouliner, de fondre, de faire briller la crasse urbaine, même la pierre de taille d'un jaune pâle délicat qui se trouve dans la région prend cette immense teinte maladive du béton humide. Comme il ne fait pas froid, l'air saturé d'eau s'élève du sol entre deux averses, rejoint le ciel, et se casse à nouveau la gueule en petite averses mesquines et fouineuses. L'eau monte, l'eau descend, l'eau stagne en gouttelettes immatérielles, l'eau s'épanche avec violence. Les tags noircis par le temps surplombent, enchâssés dans leur mur, la zone de triage. Les rails luisent, la pierre luit, la ferraille du pont luit, le béton luit. Mais ça ne fait pas que luire. L'eau qui ne cesse de ramper rend tout ceci presque coupant, tranchant, comme vivant, mais d'une vie qu'on n'envie pas.


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Quand le train se lance, lentement, presque aérien, chacun lève la tête, et pour quelques secondes, ou quelques minutes, observe le cadavre marécageux de la ville qui défile, en pleine décomposition. La voix annonce un arrêt à Vézelise, un arrêt à Mirecourt, un autre à Dijon, puis sans arrêt jusqu'à Lyon. Les petits bonshommes et les petites bonnes femmes qui sont assis dans le train s'égarent dans leurs pensées, et ça défile, comme dans un vieux théâtre de l'image... mais quoi qu'ils se disent, quoi qu'ils imaginent, qu'avec ce train ils quittent ou qu'ils reviennent, qu'ils espèrent ou qu'ils renoncent, qu'ils commencent ou qu'ils terminent, qu'ils affrontent ou qu'ils fuient, tous ces gens ont dans l'oeil un peu, et parfois beaucoup, de la lumière grise et fascinante de celui qui part. Tu sais, le fameux « partir c'est mourir un peu... » du père Alphonse, réadapté... parce que partir, c'est quelque chose, même pas loin, hein.


Quand on part on laisse toujours quelque chose, surtout si l'on part en train, qui ce mouvement inexorable que rien d'autre ne peut prétendre avoir. Et même si l'on part pour rentrer chez soi, même si l'on quitte un lieu que l'on déteste, même si l'on file rejoindre un ou des êtres humains que l'on aime et qui nous manquent, on laisse au moins sur le quai la violence de la haine et du malaise des lieux, on laisse le manque de ceux que l'on aime, on laisse tout ce que l'on éprouver, ici, en creux comme en relief.


Oh, oui, il y a bien dans le wagon quelques bêcheurs ineptes qui ne lèvent pas la tête, n'oscillent pas du regard, et qui ont dans l'œil le vide sidéral de ceux qui croient être de la race ce ceux à qui on ne la fait pas, pour qui tout est évident et ennuyeux, ces mêmes personnes qui ne frétillent pas d'excitation quand l'avion décolle, et qui n'ont qu'un œil distrait pour le paysage, presque vu par erreur, qui prétendent ne pas ressentir la magie absolue du vol, l'envie, même à trente ans, de se lever et de crier: « miracle, nous volons, les amis, nous volons, c'est incroyable! Incroyable! Magique! ». Mais non. Dans le train, ils sont sérieux et ne lèvent pas la tête non plus. Des zombies. Leur cerveau est mort d'être persuadé d'avoir tout vu, ou du moins le plus important. Des putain de zombies, j'te dis!


(bordel, où c'que j'ai rangé mon fusil à pompe moi encore?)


2 trucs à dire:

ubi a dit…

c'est bien les trains quand ils ne sont pas sabotés par les méchants z'anarcho-autonomes

Dadu Jones a dit…

Les anarcho-autonomes?

Le gouvernement, le crétin complaisant chef de la SNCF et RFF c'est des anarcho-autonomes?

:)