Deux semaines que je m’absorbe dans l’intégrale des Pixies. En boucle. Signe des temps. Tu sais, toi, avec ta bouille et ton pulpeux un peu stupide, mais que t’aimes bien quand même. Le débordement. Comme un genre de transe désespérée, ce besoin pourtant récalcitrant de hurler ton attachement, à défaut de ton amour, à des choses. Des idées. Des gens. Des lieux. Des sons. Des odeurs. Un véritable chant d’amour, comme la Duras en gueule, mais sans ton talent. Trop distante la Duras. Pas dans son propre récit. Ton talent approximatif, que tu as forcément, vaut mieux. Bien que cela ne veuille pas dire que tu n'en fasse pas de la merde.
C’est petit, même mesquin, ce qui est souvent le propre du désespéré, mais le macadam. Celui du quartier. Envie de lui gueuler des trucs. En réaliser certains. Quand le godet fait effondrer ce vieux mur aimé, je me dis : « faut pas non plus être réactionnaire. Sentimentaliste. A force tu vas finir réactionnaire. Pire, nationaliste ». Mais j’ai compris. D’accord, y’a que moi et deux idiots du village qui trouvons ce vieux mur beau et qui souffrons de voir la pelleteuse le foutre en l’air. D’accord, tous ceux qui l’ont longé, qui s’y sont appuyé, qui s’y sont embrassé, qui y ont tagué. Mais ça c’est que des conneries. Rien que des foutaises.
Non, le véritable truc, c’est que cette pelleteuse, elle vient de nulle part, non pas d’ailleurs, y’a de chouettes choses venues d’ailleurs. Non, elle, c’est de nulle part qu’elle arrive. Le putain de doigt de dieu à la con qui vient titiller ton quotidien. C’est que les gens qui vivent là, ceux qui occupent ces rues, ceux qui y vivent, pleurent, rient, meurent, même ceux de passage pour une année universitaire et plus si affinités, eux, tous, toi, moi, on a rien décidé. Un jour, une pancarte. Travaux, machin, capital, tout ça. Vite taguée, puis brisée, au demeurant. Qu’est-ce qu’on en a à foutre du capital de Connard Immobilier S.C.I. ?
Un autre jour, pas bien longtemps après, des parpaings, des planches, des plaques de tôle. Tout est muré. On n’entre plus. Même pas avec de bonnes intentions. Les soudures se foutent bien de nos intentions. Le ciment non plus.
Un dernier jour, de grosses machines débarquent et foutent tout en l’air avec une facilité scandaleuse.
Et voilà.
Et nous, ici, ceux du quartier, on a dit quoi ? Rien. Rien du tout. Non pas que ce mur et l’ancienne imprimerie qui se trouvait derrière aient une réelle importance en soi. Peut-être même, bon débarras. Ce qui m’anime, c’est de voir débarquer toute cette machinerie infernale sortie de nulle part, décidée nulle part, sans que la communauté d’ici ne dise son mot. Nous, dans ce quartier, comme dans tous les quartiers du monde, qui sont nos égaux devant ceci, sommes assez grands pour savoir ce que l’on veut voir tomber, ce que l’on veut voir rester, ce que l’on veut voir construire. Dans l’idéal, nous pourrions d’ailleurs le faire nous-même.
Voilà. La nostalgie, le romantisme industriel, l’amour des lieux, le désespoir huileux des ruines sous la pluie, rien à battre. Non. La seule chose importante, c’est qu’on peut se débrouiller seuls, ici comme ailleurs. On veut moins, et on veut mieux. On veut sans ceux qui décident. Responsables, ou non, propriétaires ou non.
Du coup, mon hurlement à la Duras en mieux, parce que j’emmerde encore une fois la Duras, ce sera pour une autre fois.
3 trucs à dire:
Ahhhh mon Daud, faut vraiment que tu vois "la Raison du plus fort de Patric Jean, toute une histoire d'un mur qui tombe...
(et qu'il est beau ton texte, et je kiffe la Duras, au fait...)
http://ubifaciunt.blogspot.com/2008/04/la-raison-du-plus-fort-patric-jean-2003.html
à quand la suite ?
Quand... quand.
Et ce n'est pas négociable!
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