Des idées, ils en avaient plein leurs mallettes, les projets foisonnaient dans leurs esprits malades embringués dans une sorte de folie de développement, des idées d’interactions, de connectivités, de réseaux. Des pensées qui disaient partenariat, synergie, marché, intercommunalité, viabilité, faisabilité, maltraitance, senior et non-voyance. A cent mille pieds au-dessus des gens et de leurs pieds dans la merde, dans un azur pur et esthétique, libre de toute contrainte humaine. Un azur économique et débridé.
Ils voyaient déjà tel pâté de maison sauter en l’air, pour y faire un parking, un parc calibré, aux normes de sécurité, tel édifice tomber pour y voir passer des voitures, des trams, des TGV, des avions, et pourquoi pas des soucoupes volantes. Des berges sauvagement humaines disparaître pour fonder un « multiplexe » où cinéma, commerces, services et industrie se confondraient en un ensemble performant et rentable. Pour les citoyens, bien entendu, toujours pour les citoyens.
La leçon des années 80 était prise : l’économie mondiale, la loi du marché, illusions universelles, et le culte de l’argent et du pouvoir, mis à nu, passaient fort mal. On ne pouvait plus être Bernard Tapie. Le capitalisme triomphant, l'impérialisme décomplexé, c'était has been. Pas immoral, pas choquant, pas dangereux. Has been. Ça ne vendait plus.
Mais la leçon était prise : il fallait tout simplement continuer comme avant, mais ravaler la façade: « tradition », « ergonomie », « tourisme intelligent, éthique, responsable, vert, bleu, jaune, marron », « authenticité » ou « confort de vie ». « Gouvernance ». Moins ça avait de sens, et plus la façade était neuve. Mettre des fleurs dans les villages pour faire rural. Putain, la bonne idée.
Donc, petit-à-petit, les choses prenaient forme, les discussions avançaient, et les architectes fourbissaient leurs cartons, épaulés par des urbanistes confiants et des médiateurs sincères, caracolant dans les réunions de quartiers avec des projets déjà prêts, financés, décidés …pour un bon débat citoyen qui ferait passer la pilule. Deux trois soyons réalistes, une pincée de confort de vie et d'environnement, un chouilla de démocratie directe, et une bonne batterie de rapports d'experts, obscurs si possible, les rapports comme les experts, et roule ma poule.
0 trucs à dire:
Enregistrer un commentaire