[Tiré d'un mansucrit]
OK. Cannes. Pour visiter Cannes, il faut se mettre sur la plage, face à la mer, et progresser en crabe afin de ne jamais faire face à la ville. Parce que ça clinque beaucoup trop. Parce que finalement, c’est trop loin de la réalité, comme ville, sans non plus être capable de stimuler l’imaginaire. Cannes, un monde parallèle dans une dimension morte. C’est d’autant plus triste qu’il pourrait y avoir autre chose, ici. Parce que les montagnes rouges et la mer, parce que les vieilles pierres, et quelques neuves, parce que l’idée des magies du cinéma, avec l'étrange parti pris, pourtant, de ne conserver à Cannes que les pires aspects de cet art, c’est-à-dire tout ce qui n’en est pas. Bizarre, décidément.
Mais finalement, ce qui m’horrifie, ce n’est pas l’existence de cette médiocrité, ce sont ces monceaux de gentils prolos, bien disciplinés, qui peuplent ces rues et rêvent de cette médiocrité. Il est important de ne pas oublier que la manière dont les gens se comportent leur échappe souvent et dérive doucement dans l’absurde le plus total. La plus pourrie des contradictions.
Néanmoins, nonobstant (eh oui) l’agressivité que ce type de lieu provoque en moi, que je maîtrise mal, et que je n’aime pas, force est de constater, crèches et bondieuseries surannées mises à part, que l’église et quelques rares rues désertes autour de la colline qui surplombe la ville ne sont pas sans charme. On y est comme dans un havre de paix, de douceur hivernale, au milieu du siège acharné que l’océan de bêtise crasse qui environne mène tambour battant. J’aimerais assez, à cette heure, être à Marseille, pour voir une vraie ville, avec un ventre, du coffre, des entrailles et des boyaux, pas toujours très propres. Ou en Normandie… même le port pétrolier du cap d’Antifer, au nord-est du Havre, ne parvient pas à produire autant de merdes visibles à la surface de l’eau que les touristes d'ici, même en hiver.
Pour aujourd’hui, basta. J’ai vu deux villes dites mythiques, mais deux villes sans âmes, dérobées par des crétins, imbitables à moins d’aimer le stuc clinquant derrière lequel, entre lui et le mur brut, dans cet infime espace intermédiaire, humide mais poussiéreux, pourtant, pullule la vermine, sans vraiment toucher au beau, sans vraiment toucher au mur, au fondamental.
Mention tout de même à l’Estérel, fameux, rôlistique, rouge écarlate le jour, sombre et hostile la nuit, il donne envie.
Dédicace mélancolique à l’ami Braudel, à un sage croate, au copain de mes rêves le gamin grec de l’Athènes d’alors, se penchant, observant la mer du haut de fameuses falaises ressemblant, quoique balkaniques, à celles, blanches et coupantes, de Rügen, vues par Friedrich, si elles avaient été antiques.
J’me comprends et j’vous emmerde.
4 trucs à dire:
ça cause violemment tout ça, le père Braudel, le vieux sage croate, les ravages de la Normandie et les VRP sous-jacents ; et putain de dernier paragraphe !
et j'avais zappé Athènes et Friedrich (le Caspar David, hein ?)
(et revraiment putain de dernier paragraphe)
Oh oui, le Caspar...
celui qu'est en noir et blanc dans le Lagarde et Michard XIXème pour illustrer Chateaubriand et/ou Lamartine...
raaaahhh, le gars avec sa canne sur la montagne face au brouillard et à l'infini (trop cons ces boches...)
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